03/02/2008

René Grousset, « Le bilan de l’Histoire »

Lorsque, pour la première fois, adolescent, j’ai lu « Le bilan de l’Histoire » de René Grousset, j’en suis resté émerveillé. Synthèse brillante, fluidité dans l’expression, écriture claire et précise.

Il y a des livres qui apportent de l’énergie, qui dispensent un fluide vital. C’est le cas de ce livre, en ce qui me concerne. Chaque fois que je le relis, j’y trouve un bonheur diffus, une irradiante allégresse.

Il est évident qu’à travers les objets et les œuvres d’arts qui nous plaisent, les ouvrages qui nous transportent, les personnages qui nous sont chers, transparaissent et se renforcent notre « étoffe », nos aspirations, en un mot notre être.

Lorsque j’eus acquis une vision plus rapprochée du profil biographique de René Grousset, je compris d’autant mieux la puissance de mon attrait pour la personnalité du grand historien orientaliste.

René Grousset avait suivi un parcours « atypique ». Il ne fut pas un universitaire, au sens académique du terme et avait été en butte à une certaine condescendance voire hostilité des historiens professionnels.

Ils lui reprochaient, en quelques sorte, de marcher sur leurs plates-bandes alors qu’il n’était qu’un « fonctionnaire des Beaux-Arts » (il fut conservateur aux musées Cernuschi et Guimet), d’ignorer les langues orientales (il ne connaissait ni le chinois, ni le persan, ni l’arabe), de ne pas s’inscrire dans une vision « progressiste » (marxiste) de l’histoire (il défendait de profondes convictions catholiques).

Et pourtant, les livres qu’il a écrits sont devenus des ouvrages de références pour la connaissance des cultures asiatiques (notamment concernant l’histoire de la Chine, l’histoire des guerriers nomades, l’histoire de l’art). Il a été universellement reconnu et a été reçu à l’Académie française en 1946.

La chute des idéologies qui prétendaient expliquer les ressorts des hommes uniquement par le déterminisme économique et social rend le parcours intellectuel et la vision humaniste de René Grousset d’autant plus actuels.

Dans ses ouvrages, le grand historien soulignait le rôle central des mentalités, de la volonté, des passions dans les enchaînements historiques. Toute son œuvre a été bâtie à partir d’une vision intuitive et empathique des faits, reconstitués magistralement grâce à une érudition profonde, à de solides références, à une connaissance empirique des œuvres d’art.

Sans doute, à travers mon admiration pour René Grousset avais-je trouvé un modèle idéal pour y fondre mon propre parcours irrégulier (scolaire, professionnel, littéraire).

Lorsque, voici quelques années,  j’ai visité,  à plusieurs reprises, le Musée Guimet, dans les salles rénovées, à travers les sourires des bouddhas khmers, j’ai tâché de capter la présence en filigrane de l’illustre historien de l’Orient.

13:33 Écrit par Hermes007 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

rené grousset, génie oublié bonjour, je vous écris car je suis heureux de trouver quelqu'un à qui rené grousset a fait d'autant d'effet qu'à moi: j'en profite pour vous conseiller, si ce n'est pas déjà fait, de lire quelques-uns de ses chefs d'oeuvre: figures de proue, l'épopée des croisades, histoire de la Chine, un recueil de ses conferences: l'homme et son histoire, la face de l'asie... Par contre, l'empire des steppes est beaucoup plus hardue... Dites-moi, avez-vous quelques grands livres de lui à me conseiller ou d'autres auteurs qui vous aurez fait autant d'effets? signé: pierre, étudiant non pas en histoire mais en médecine

Écrit par : pierre | 24/02/2008

la « magie » de René Grousset Merci pour votre mot. Moi aussi je suis ravi de constater que la « magie » de René Grousset a pu toucher aussi un étudiant de la nouvelle génération. Mais il est vrai que son écriture est tellement belle et classique et l’exposition magistrale que le lire est un véritable enchantement.
Outre les livres que vous citez il y a également « La Chine et son art », « Le conquérant du monde - Gengis-Khan ». On peut trouver des livres de René Grousset librement accessibles en format PDF sur internet. Voici d'ailleurs une adresse internet où vous pourrez trouver sa bibliographie :
http://www.paris.fr/portail/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=13116
Concernant d’autres auteurs ou d’autres livres qui m’ont touché, il y en a certes plusieurs (beaucoup de poètes, parmi lesquels Ungaretti, Apollinaire, Leopardi, Rilke, Palazzeschi, Kavafis…, des nouvellistes, tout particulièrement Buzzati et Châteaureynaud…). Mais je ne suis pas certain que ce qui marque une personne peut marquer nécessairement une autre de la même façon.
Car ce qui nous touche dépend de notre trajectoire, de notre histoire, de nos expériences, de notre vision du monde (nos représentations) et du moment où se déroule cette rencontre.
Parfois un élément qui peut paraître insignifiant aux yeux du plus grand nombre pourra nous bouleverser. Ce qui nous a bouleversés un jour pourra apparaître plus tard comme parfaitement insignifiant.
L’éblouissement est par conséquent toujours affaire personnelle et suppose un cheminement.
Et tous ces fils conducteurs qui nous relient en disent probablement long sur nos exigences, nos aspirations, notre configuration.
Je compte continuer, au moins encore quelques temps, à écrire sur mon blog et quand l’inspiration et l’envie m’y pousseront je parlerai des auteurs, des lectures, des évènements qui m’ont remué.
Je vous souhaite des rencontres littéraires et intellectuelles audacieuses et raffinées, exaltantes et belles, mais pas en vase clos. Dans votre vie quotidienne. Pour l’illuminer.
Bon courage pour vos études.

Écrit par : Hermes007 | 28/02/2008

Oui effectivement René Grousset est très intéressant, je l'ai aussi découvert à l'adolescence. Ayant vécu en Asie Central, j'ai été particulièrement touché par ses analyses et ses connaissances.
Néanmoins, l'époque n'excuse pas tout, on le sent très influencé. Ce qui transparaît dans beaucoup de ses livres et notamment dans le Bilan de l'Histoire et qui est réellement énervant c'est son ethnocentrisme.
Spécialité des historiens européens. De plus il frise le nationalisme et l'anti-germanisme.
Fatiguant, surtout de la part d'un historien.


C'est un trait particulier du français que de déblatérer sur son "génie" et la particularité française, qui est finalement de voir la poussière dans l'oeil du voisin tandis qu'il en oublie le pieu dans le sien.
Sans parler de son apologie de l'Eglise....

Écrit par : Peroun | 20/04/2013

Bonjour Hermes,

Cela fait deux ans que j'ai lu Bilan de l'histoire, et cette lecture ne m'a fait l'effet d'une véritable rencontre avec ce qu'on peut appeler l'être. Cette ouverture, il m'a semblé la percevoir dans le livre de René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, et je ne parviens pas à savoir si ces deux auteurs ont déjà été rapprochés.
Avez-vous une idée à ce sujet ?

Un étudiant en lettres

Écrit par : lolo | 21/03/2014

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