21/07/2008

Niok l’éléphanteau

niok l'éléphanteau

 

L’« apothéose » de la distribution des prix est maintenant tombée en désuétude. Auparavant, c’était le passage obligé qui clôturait l’année scolaire.

Pour réaliser des économies, par faux souci d’égalitarisme, par renoncement à la mise en valeur du mérite, on a aboli cette cérémonie académique.

Elle avait, certes, un côté injuste : le premier de la classe raflait le plus grand nombre de livres. Pourtant, même le dernier recevait au moins un livre et des prix complémentaires permettaient de souligner tel effort dans l’une ou l’autre matière, tel comportement moral ou social adéquat…

Avec le prétexte de ne pas heurter les susceptibilités des derniers de classe, on a jeté aux orties un cérémonial significatif et par la même occasion le panache des élèves méritants.

Le rituel de la distribution des prix avait au moins cette qualité de provoquer des attitudes positives par rapport à l’esprit de persévérance et de ténacité. C’était aussi un instrument pour mesurer les progrès accomplis ou les efforts à réaliser.

Exit donc cette cérémonie « exécrée » et réputée inéquitable !

Mais, de toute façon, les élèves un fois sortis du cocon scolaire seraient bien assez tôt confrontés, d’une manière bien plus cruelle, aux injustices humaines, sociales, financières et autres…

On a abattu ce rite et pourtant les rites, précisément, forment le cœur de la vie en société, structurent les personnes, les identités, le déroulement du temps lui-même.

Un livre que j’avais reçu lors d’une distribution de prix à l’école primaire avait marqué mon esprit et aujourd’hui encore ce livre que j’ai gardé dans ma bibliothèque a conservé un pouvoir de séduction.

Il s’agissait de « Niok l’éléphanteau », ouvrage réalisé à partir du film « Niok l’éléphant » d’Edmond Séchan et dont le tournage s’était effectué au Cambodge.

Le récit, entrecoupé de photographies en noir et blanc, relatait les (més)aventures de Niok, un jeune éléphant. Celui-ci, séparé de la harde par les chasseurs, est conduit dans un village.

Un jeune garçon du nom d’Ayot se prend d’amitié pour Niok et, ensemble, ils partagent de longs moments.

Mais Niok devient vite encombrant pour les villageois. Profitant de l’absence d’Ayot, l’éléphanteau est vendu à un riche marchand chinois. Niok est emmené jusqu’au fleuve, enfermé dans une cage et embarqué sur une jonque.

Ayot parvient à retrouver les traces de son ami et, à la faveur de la nuit, réussit à le libérer.

Que faire de Niok maintenant ? Ayot ne pourrait le garder indéfiniment.

Alors, après avoir traversé les galeries d’un temple en ruines, le jeune garçon conduit Niok aux abords de la forêt et le regarde rejoindre les siens.

L’enfant reste seul et le livre se termine sur le sourire lumineux d’Ayot, conscient d’avoir accompli une belle action.

Pendant les années ’70 et par la suite encore, je me suis souvent demandé ce qu’était devenu Ayot dans l’enfer du « Kampuchéa démocratique » érigé par Pol Pot. A-t-il survécu à la terreur ?

S’il est toujours en vie aujourd’hui, j’aimerais le revoir sourire. Mais si, par un croc-en-jambe du sort, il était devenu lui-même tortionnaire, j’aimerais savoir pendant combien de temps il a gardé, dans les replis de son âme, le souvenir de Niok le petit éléphant.

14:25 Écrit par Hermes007 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Une petite histoire qui en vaut une grande J'aime beaucoup ce texte ethnologique et politique, avec ce regard critique sur nos habitudes de société et cette touche d'émotion face à l'enfant qui grandit et change dans un contexte difficile.
Chacun garde en soi une particule d'enfance, heureux celui qui arrive à la retrouver et à lui donner une si belle apparence!

Écrit par : Saravati. | 22/07/2008

Un souvenir d'enfance resté gravé Merci pour cette présentation de Niok.
J'ai également reçu ce livre, lors d'une distribution de prix à l'école.
Je le cherchait encore, il y a peu, je viens de le trouver grâce à internet.
A 55 ans, mon enfance est loin, mais les souvenirs sont impérissables. En retrouver un doux, en regardant ces belles photos noir et blanc, en relisant ce livre, n'a pas de prix.

Écrit par : STALPORT-SCHAEFFER | 18/09/2008

Un souvenir vibrant Oui, moi-même je garde un souvenir vibrant de ce livre et surtout du visage de l’enfant Ayot. C’est assez extraordinaire que plusieurs décennies après sa publication, ce livre avec ses belles photos en noir et blanc « classiques » puisse encore émouvoir au moins deux personnes… qui avaient reçu ce livre lors d'une distribution de prix.
Merci pour ta réaction, Jean-Luc.
Un cordial bonjour.

Merci aussi Saravati pour ton commentaire. Je visite régulièrement ton site. Tes textes sont à la fois réalistes et empreints d'émotions et d'une belle force de conviction. En outre, à la lecture ils sont fluides, comme coulant de source.
Reçois mes encouragements à poursuivre ton expérience littéraire...
A bientôt, sur ton blog.

Écrit par : Hermes007 | 20/09/2008

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