07/09/2008

Réflexions sur la francophonie

A bien des égards, la confrontation moderne entre la langue française et la langue anglaise est une réactualisation, au plan culturel, de l’ancienne rivalité globale entre les Français et les Anglais.

On se croirait revenu au 18e siècle, au temps des guerres coloniales franco-anglaises en Amérique du nord et aux Indes.

La France a perdu son premier empire colonial par le traité de Paris, en 1763, mais a encouragé la sécession des futurs Etats-Unis d’Amérique (1776) de l’empire britannique.

La langue anglaise, tout au long du 20e siècle, s’est substituée progressivement, dans les domaines les plus divers, à la prédominance de la langue française.

Les Français ont réagi en créant une institution de défense de la « francophonie » à l’échelle mondiale.

Mais alors que le rayonnement de l’anglais est lié au dynamisme de l’expansion anglo-saxonne dans le monde, la réaction française apparaît pour ce qu’elle est : une attitude avant tout politique et ratissant large.
Pour preuve, un certain nombre de pays adhérents à la « francophonie » ne sont pas francophones !

Cet amalgame rend l’organisation francophone moins crédible voire même agaçante sinon burlesque : on a l’impression que la francophonie revêt des vêtements XXL, beaucoup trop larges pour sa taille.

Mais, de même qu’au temps de la révolution française, pour s’assurer des alliés contre la réaction monarchiste, la France n’avait pas hésité à susciter ou seconder les nationalismes identitaires des peuples européens, de nos jours la mise en œuvre de la francophonie institutionnalisée a suscité, involontairement cette fois, il est vrai, l’éclosion d’organisations identitaires linguistiques d’autres peuples.

Ainsi en est-il de l’hispanophonie, de la turcophonie, de la lusophonie, de l’arabophonie, voire de la néerlandophonie. Il n’est pas jusqu’à l’Italie (pourtant réputée peu dirigiste dans ce domaine) qui ne veuille défendre et réactiver sa langue en Europe d’abord mais aussi à travers le monde par le biais de ses diasporas culturelles.

Comment se déroulera la suite de l’histoire ? La révolte des petites colonies anglaises d’Amérique a produit pour la langue française un adversaire encore plus redoutable que l’ancien anglais d’Angleterre.

Les nationalismes identitaires à vocation libératrice issus de la Révolution française ont provoqué la naissance des grands nationalismes étatiques (dont certains totalitaires) des 19e et 20e siècles, lesquels se sont développés ultérieurement, bien souvent, contre la langue et la culture françaises.

L’émergence d’organisations culturelles de niveau mondial mettant en valeur les identités linguistiques risque, à terme, malgré le prestigieux exemple français, de se retourner, hélas, contre la langue française.

Car le socle des locuteurs des organisations « concurrentes » semble beaucoup plus compact et solide que celui de la francophonie.

En outre, les organisations « rivales » sont exemptes du syndrome caractéristique qui a motivé la montée en puissance de la francophonie institutionnalisée : la frustration d’avoir perdu l’universalisme.

16:07 Écrit par Hermes007 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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