03/11/2008

Herbes ténues, herbes tenaces

C’est à une véritable profusion d’herbages que nous convie Jean-Claude Brichart dans sa série de dessins intitulée « Herbes frivoles, jeu d’écriture ».

Ces dessins à l’encre de chine réalisés, suivant les précisions mêmes de l’artiste, dans son jardin volontairement conservé à l’état sauvage, au crépuscule, sur papier de qualité italien et français, nous entraînent dans une belle promenade botanique et poétique.

« Japonisant » ai-je entendu ici et là pour définir les œuvres lors du vernissage. Cela semble vrai pour quelques dessins. Mais cette définition est trop facile et réductrice.

Pour ma part, j’y vois un déploiement d’herbages. Mais pas chaotique ni tumultueux, encore moins envahissant.

Les herbes frivoles de Jean-Claude Brichart forment, à mon sens, comme une étude privée de plans circonscrits, un archipel de touffes isolées, images zoomées, gros plans inachevés comme le parcours de la vie…

Ces herbes apparaissent ainsi ténues mais aussi tenaces.

Chaque dessin a donc quelque chose à nous dire, nous suggérer, dans le dépouillement jeté de ses traits. Au-delà de la représentation avérée, on peut y reconnaître des visages et même des paysages. Microcosme prenant des allures gigantesques.

Tel plan fait surgir une véritable rivière qui serpente entre des berges à l’exubérante végétation, tel autre fait songer à une photo satellite géographique manipulée par ordinateur (on reconnaît un delta, une côte découpée), tel autre encore à une forêt vierge où l’on pourrait se perdre si par aventure on revivait le drame du film « l’homme qui rétrécit »…

Chaque dessin est accompagné d’un texte bref en bord de page. Ces textes auraient-ils pu être intégrés dans les dessins, sans les défigurer, à la manière d’enluminures calligraphiées ? Certainement. Mais cela aurait occasionné des répercussions techniques lors de la création des œuvres.

Les herbages dont il est question ici ont été croqués sur le vif par l’artiste. L’introduction d’un abécédaire aurait sans doute rendu les dessins moins spontanés.

C’est précisément cette attention instantanée du regard de l’artiste qui reste, en fin de compte, l’élément décisif. Son regard nous invite à voir l’essentiel mais sans contraintes.

La plupart des dessins se déploient à partir d’un noyau, comme des nids sommairement construits, vibrent dans leur intensité et puis s’ouvrent dans l’espace du papier, vers un ailleurs laissé à notre entière sensibilité.

Exposition jusqu’au 16 novembre 2008
Jean-Claude Brichart, « Herbes frivoles, jeu d’écriture »
Galerie d’art « Le chant des eaux profondes »
Rue Piquet 17 – 7500 Tournai
Tél. 069 84 07 70

00:05 Écrit par Hermes007 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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